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Vent de Dos

Le journal

Organiser un voyage à vélo : ce que les chiffres disent

Léo Lourel ·

Combien de kilomètres par jour, comment découper les étapes, que réserver et que laisser libre, et pourquoi le retour se prépare avant le départ. Appuyé sur 2 616 kilomètres de véloroutes relevés tronçon par tronçon.

On prépare un voyage à vélo dans le mauvais ordre. On choisit une destination, on compte les kilomètres, on divise par un nombre de jours, et on découvre en route que le découpage ne tenait pas. Pourtant la matière pour bien faire existe : elle est dans le relevé de l'itinéraire, et elle se lit avant de partir.

Ce qui suit s'appuie sur les 2 616 kilomètres de véloroutes relevés tronçon par tronçon sur ce site — La Vélodyssée, le Canal des 2 Mers, La Vélosud — soit soixante-seize tronçons dont on connaît la distance réelle, le dénivelé, le revêtement et la part réellement aménagée.

La journée se compte en heures, pas en kilomètres

Un chiffre pour commencer : sur les soixante-seize tronçons relevés, le dénivelé médian est de 2,1 mètres par kilomètre. Autrement dit, une véloroute française est presque plate — canaux, anciennes voies ferrées, cordons littoraux. Quatre-vingts kilomètres s'y roulent en une demi-journée tranquille.

Sauf que la médiane cache les exceptions, et ce sont elles qui cassent un planning. Le tronçon Tarbes – Saint-Bertrand-de-Comminges, sur La Vélosud, compte 1 234 mètres de dénivelé sur 87 kilomètres. La même journée que les quatre-vingts kilomètres de canal, mais ce n'est pas la même journée du tout.

La règle qui marche : comptez un mètre de montée comme dix mètres de plat. Une étape de trente kilomètres avec huit cents mètres de dénivelé vaut donc une sortie de trente-huit kilomètres sur le plat. Et cette règle est prudente — chargé, sur des pentes raides, l'écart se creuse encore.

Le découpage officiel n'est pas un découpage d'étapes

Les véloroutes sont découpées en tronçons par ceux qui les cartographient, et ce découpage suit la logique administrative, pas celle du vélo. Sur les soixante-seize tronçons relevés ici, la médiane est de 31 kilomètres — une demi-journée. Mais l'écart va de 8,5 à 170,8 kilomètres.

Le premier tronçon de La Vélosud, Bayonne – Bétharam, fait cent soixante et onze kilomètres d'un seul tenant. Ce n'est pas une étape, c'est trois jours. À l'inverse, Le Somail – Capestang en fait huit et demi : on le traverse avant le déjeuner.

Conséquence pratique : ne planifiez jamais « un tronçon par jour ». Regardez les distances réelles, additionnez-en deux ou trois quand elles sont courtes, coupez quand elles sont longues. Les pages de tronçon de ce site donnent la distance mesurée, pas celle de la brochure — sur certaines relations d'OpenStreetMap, l'écart entre les deux dépasse dix pour cent.

Ce qui se réserve et ce qui ne se réserve pas

La question revient toujours : faut-il réserver ? La réponse dépend d'une seule chose, le type d'hébergement.

Un camping ne se réserve pas, hors juillet-août et hors littoral. On arrive, il y a de la place pour une tente, c'est tout. C'est la liberté d'itinéraire : on s'arrête où on en est, pas où on avait dit qu'on s'arrêterait.

Un hôtel ou une chambre d'hôtes se réserve, parce qu'en zone rurale il y en a deux, et qu'ils peuvent être pleins. Mais réserver engage : on doit arriver, quel que soit le vent, la pluie ou le genou qui tire.

Le compromis raisonnable : réserver la première et la dernière nuit, laisser le milieu libre. La première parce qu'on arrive souvent tard et fatigué du train ; la dernière parce qu'elle commande l'heure du retour.

Un détail qui compte, et que les comparateurs ne disent pas : beaucoup de campings municipaux n'ont pas de site web et se réservent par téléphone. Ce n'est pas qu'ils sont complets, c'est qu'ils ne sont pas en ligne.

Le retour se prépare avant le départ

C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. On planifie minutieusement l'aller, et on découvre à l'arrivée que le train qui ramène à la maison n'accepte pas les vélos non démontés, ou que les six places vélo du TER sont prises.

Trois choses à vérifier avant de fixer l'itinéraire :

  • La gare d'arrivée est-elle desservie par un train qui prend les vélos ?

Les TER en acceptent presque tous, les TGV très rarement et sur réservation payante obligatoire.

  • Combien de places vélo, et se réservent-elles ? Sur certains axes, elles

partent des semaines à l'avance en été.

  • Existe-t-il un plan B ? Une gare à vingt kilomètres avec une meilleure

desserte vaut mieux qu'une arrivée triomphale dans un cul-de-sac ferroviaire.

Choisir son point d'arrivée en fonction du train, plutôt que l'inverse, change beaucoup de choses. Sur La Vélodyssée, Nantes, La Rochelle et Bayonne sont des sorties commodes ; entre elles, les gares se font rares.

Le vent décide plus que le relief

Sur une véloroute plate, le vent est la seule variable qui reste. Trente kilomètres de vent de face pèsent plus lourd que trois cents mètres de dénivelé, et personne ne le prévoit dans son planning.

En France, les vents dominants viennent de l'ouest. Une conséquence simple : sur la façade atlantique, descendre du nord vers le sud est plus facile que l'inverse — c'est d'ailleurs le sens dans lequel La Vélodyssée est décrite, de Roscoff à Hendaye. Sur le Canal des 2 Mers, l'ouest-est vous met le vent de dos jusqu'à Toulouse, puis le vent d'autan peut vous le rendre en pleine figure dans le Lauragais.

Cela ne se planifie pas à la semaine près, mais cela oriente le choix du sens de parcours. Et dans l'autre sens, ce n'est pas impossible : c'est simplement plus lent, et il faut le savoir avant de compter les jours.

Combien de jours pour un premier voyage

Trois. Pas une semaine.

Trois jours suffisent à traverser tout ce qui compte : la première journée d'euphorie, la deuxième où le corps proteste, la troisième où l'on trouve son rythme. Et trois jours se terminent avant que la moindre erreur de préparation ne devienne un problème.

Une boucle de deux cents kilomètres avec deux nuits, sur un itinéraire balisé, à moins de deux heures de train de chez vous. C'est le format qui apprend le plus, et celui qui donne envie de recommencer. La semaine de cinq cents kilomètres viendra après, et elle sera bien mieux préparée.

Pour aller plus loin

Les véloroutes relevées sur ce site donnent, pour chaque tronçon, la distance mesurée, le profil altimétrique, la part réelle de voie cyclable et où dormir à l'arrivée. C'est la matière brute d'un planning honnête. Le planificateur permet ensuite de tracer son propre parcours et de le découper en étapes.