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Vent de Dos

Le journal

Le matériel indispensable, et tout le reste

Léo Lourel ·

Ce qu'il faut vraiment emporter pour un voyage à vélo, et ce qui ne sert pas. Avec la répartition réelle des revêtements sur 2 616 kilomètres de véloroutes : 58 % d'asphalte, un cinquième non bitumé.

« Il me faut un gravel. » C'est la phrase qui revient le plus souvent, et c'est celle qui coûte le plus cher pour le moins de bénéfice. Avant de changer de vélo, il vaut mieux regarder sur quoi on va rouler — et cette information existe, mesurée, tronçon par tronçon.

Sur les 2 616 kilomètres de véloroutes relevés sur ce site, voici la répartition réelle des revêtements :

  • 58 % d'asphalte
  • 14 % de gravier compacté
  • 3 % de revêtement lisse non précisé
  • 2 % de gravier fin, 2 % de gravier, 2 % de non revêtu, 1 % de terre
  • 15 % non renseignés dans OpenStreetMap

Autrement dit : environ un cinquième du réseau n'est pas bitumé, et encore, l'essentiel de ce cinquième est du gravier compacté, qui se roule très bien avec des pneus ordinaires. Le vélo de route de votre garage passe presque partout.

Ce qui compte vraiment : la largeur des pneus

Pas le cadre, pas le nombre de vitesses, pas le poids. La largeur des pneus, et la place que le vélo laisse pour les loger.

  • 28 à 32 mm : suffisant pour les quatre cinquièmes du réseau. C'est ce

que porte un vélo de route moderne.

  • 35 à 40 mm : la vraie polyvalence. On passe partout sans y penser, y

compris sur les portions en terre, et on ne perd presque rien sur l'asphalte.

  • Au-delà de 45 mm : utile en montagne ou sur chemins, inutile sur une

véloroute.

Le seul cas où cela change tout : le canal du Midi. Entre Marseillette et Homps, le relevé donne 53 % de terre et zéro pour cent de voie aménagée ; entre Castelnaudary et Bram, 63 % de gravier fin. Par temps sec c'est roulant ; après la pluie, des pneus de 28 mm y sont un mauvais souvenir. À l'inverse, la piste Roger-Lapébie entre Bordeaux et Sauveterre est à 100 % d'asphalte sur cinquante-trois kilomètres.

La leçon n'est donc pas « prenez large », c'est « regardez le revêtement de l'itinéraire que vous avez choisi ». Ce n'est pas le même vélo pour le canal de Garonne et pour le canal du Midi, alors que c'est la même véloroute.

Les sacoches : trois, pas six

Le matériel s'organise par le volume qu'on s'autorise. Plus il y a de place, plus on la remplit.

Pour un voyage de trois jours à une semaine, en hébergement :

  • Une sacoche de guidon ou un sac de cadre pour ce dont on se sert en

roulant — nourriture, veste, téléphone, papiers.

  • Deux sacoches arrière pour le reste.

C'est tout. Le porte-bagages arrière d'un vélo ordinaire suffit ; les sacoches spécifiques « bikepacking » sans porte-bagages sont une réponse à un problème de vélo tout-terrain, pas de véloroute.

Sous la tente, ajoutez le volume du couchage, pas plus. Si vous hésitez entre deux sacs de plus et une nuit en camping plutôt qu'à l'hôtel, prenez le camping : le poids se sent toutes les heures, la dépense une seule fois.

Ce qu'il faut vraiment emporter pour réparer

La panne qui arrive est la crevaison. Les autres sont rares, et la plupart ne se réparent pas au bord de la route de toute façon.

Le nécessaire, qui tient dans une poche :

  • Deux chambres à air de la bonne dimension, plus un kit de rustines
  • Deux démonte-pneus
  • Une pompe — pas une cartouche de CO₂, qui ne sert qu'une fois
  • Un multi-outil avec les clés Allen et un dérive-chaîne
  • Un maillon rapide de chaîne, au bon nombre de vitesses
  • Des colliers de serrage et un bout de chambre à air usagée : réparent

plus de choses qu'on ne croit

Ce qui ne sert à rien : les rayons de rechange si vous ne savez pas dévoiler une roue, la trousse de vingt pièces, le deuxième pneu.

Et le vrai filet de sécurité n'est pas dans la sacoche : c'est de savoir où est le prochain atelier. Les pages de tronçon de ce site indiquent le vélociste le plus proche de chaque arrivée, quand OpenStreetMap en connaît un. Une roue voilée à cent kilomètres du prochain réparateur change le programme de la semaine ; à trois kilomètres, c'est une demi-journée perdue.

L'eau, le seul poids qu'on ne peut pas réduire

Deux bidons. Sur une journée chaude en plein marais ou en forêt landaise, ce n'est pas du confort.

Ce qui change vraiment : savoir où remplir. Les cimetières ont presque tous un point d'eau, les mairies souvent, les campings toujours. Les fontaines municipales ne sont pas toutes potables et le panneau ne le dit pas toujours.

Le planificateur de ce site affiche les points d'eau relevés le long du parcours. C'est l'information la plus utile qu'on puisse porter sur une carte, et la moins souvent présente.

Les vêtements : une tenue, pas trois

Une tenue sur soi, une de rechange, et de quoi affronter la pluie. Le reste se lave le soir et sèche la nuit.

Trois pièces méritent qu'on y mette le prix :

  • Un cuissard correct. C'est le seul point de contact qui décide du

confort au bout de quatre heures.

  • Une veste imperméable respirante, qui serve aussi de coupe-vent.
  • Des gants, y compris l'été — pour les vibrations autant que pour la

chute.

Ce qui ne mérite pas le prix : le maillot technique de marque, les chaussures à cales pour un premier voyage, tout ce qui pèse moins de deux cents grammes en échange de cent euros.

Ce qu'on emporte et qu'on ne ressort jamais

Faites l'expérience : au retour du premier voyage, posez sur la table tout ce que vous n'avez pas touché. Ce sera la moitié.

Les récidivistes, dans l'ordre : le deuxième pantalon, le livre, la trousse de secours complète, le cadenas lourd, l'appareil photo en plus du téléphone, les couverts de camping quand on dort à l'hôtel.

La bonne façon de faire une liste n'est pas de partir d'un modèle trouvé en ligne, c'est de partir du sien et de l'alléger à chaque voyage. C'est aussi pour ça qu'il vaut mieux commencer par trois jours : on découvre vite ce qui manque, et encore plus vite ce qui pèse pour rien.

Une liste qui part de la vôtre

C'est ce que fait la liste de matériel de chaque voyage enregistré sur ce site. On part d'une base — en autonomie si l'on dort sous la tente, sous un toit sinon —, qu'on complète et qu'on allège. Au voyage suivant, on reprend la liste du précédent plutôt que de repartir de zéro.

On peut y noter le poids de chaque objet. Le total dit toujours sur combien d'objets il porte, par exemple « 8,2 kg pour 12 objets pesés sur 20 » : un total qui oublie la moitié des sacoches rassure à tort. Aucun poids n'est proposé d'office. Ceux des catalogues ne sont pas ceux de votre matériel, et c'est la balance de la cuisine qui a raison.

Enregistrez un itinéraire depuis le planificateur : sa page porte la liste.

Pour aller plus loin

Les véloroutes de ce site indiquent, pour chaque tronçon, la répartition mesurée des revêtements — asphalte, gravier compacté, terre, sable — ainsi que la part réellement aménagée. C'est ce qu'il faut regarder avant de décider quels pneus monter, et c'est plus utile que n'importe quel comparatif de vélos.